Cette contribution se propose d’examiner comment l’entrée par la littérature peut être une approche didactique particulièrement adaptée dans l’acquisition de la compétence culturelle en cours de Français Langue Etrangère. En effet, outre le fait qu’il s’agit d’une expression privilégiée de la culture-cible, elle en est également une expression singulière. Parallèlement les récentes recherches en théorie de la réception ont mis en évidence l’existence d’un texte du lecteur : la lecture d’un texte littéraire s’apparente ainsi à une rencontre intersubjective entre deux mondes (le monde fictif posé par l’œuvre, et ce même monde tel qu’il se trouve investi par le lecteur). Ainsi, si l’on considère que ce sont les individus qui utilisent la culture pour dire et se dire, la littérature apparaît comme le lieu par excellence de l’acquisition de compétences socio-culturelles. En effet, il s’agit d’éviter de considérer la culture-cible comme un tout figé, ce qui reviendrait à essentialiser les compétences socio-culturelles en niant l’importance de l’autonomisation des individus par rapport aux cultures constituées.
La rencontre intersubjective à l’œuvre est doublement, celle du texte du lecteur-apprenant avec celui de l’auteur, et celle du sujet lecteur avec lui-même. La question de l’identité socio-culturelle, enjeu crucial au cœur du processus d’acquisition de la compétence culturelle, se trouve ainsi posée à différents niveaux d’investissement de l’œuvre littéraire. Dans cette perspective, nous expliciterons dans un premier temps comment la démarche didactique subjective, - concept emprunté notamment à Monique Lebrun, Nathalie Lacelle et Gérard Langlade- favorise l’acquisition de compétences socio-culturelles en faisant de l’apprenant un sujet lecteur impliqué. Dans un second temps, nous expliciterons le rôle de la littérature dans le développement des compétences interculturelles en nous appuyant sur Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d’Eric-Emmanuel Schmitt.